Trois souvenirs SF

Dans la thématique des souvenirs, j’ai eu envie cette fois d’extraire de ma bibliothèque trois romans de science-fiction qui m’ont un jour fait voyager dans le temps ou l’espace.

La faune de l’espace (A.E. van Vogt, 1950)

Ce livre occupe une place particulière dans mes souvenirs : je l’ai probablement pioché un peu au hasard en librairie quand j’étais jeune ado, et n’ai découvert que des années plus tard qu’il s’agissait d’un classique du genre. La faune de l’espace est en fait un assemblage de nouvelles, réunies pour former une histoire complète. Cette dernière relate le voyage d’un vaste vaisseau spatial en mission scientifique à travers la galaxie, qui trouve sur son chemin des entités extérieures mystérieuses et potentiellement hostiles. L’équipage compte parmi ses nombreux membres une sorte de super-scientifique-psychologue-spécialiste-en-tout qui, malgré le scepticisme initial de l’équipage, s’avère évidemment précieux. Si l’ouvrage est daté (le livre sous cette forme est paru en 1950, mais certaines nouvelles datent de la fin des années 1930), il a manifestement conservé une bonne part de sa magie, notamment grâce à ses extraterrestres étranges et originaux. Pour l’anecdote, la ressemblance (discutable et discutée) entre l’un d’eux et le célèbre Xénomorphe d’Alien a d’ailleurs donné lieu à un procès entre A.E. van Vogt et la 20th Century Fox.

Les Chronolithes (Robert C. Wilson, 2001)

Robert Charles Wilson est un des auteurs dont j’ai lu le plus de livres. Pendant une période qui correspond grosso modo à celle de mon passage à l’université, j’ai dévoré les uns après les autres ses romans (Les Chronolithes, Darwinia, la trilogie Spin, Blind Lake, Mysterium,…) aux intrigues basées sur une idée forte et propice à l’émerveillement. Dans Les Chronolithes, par lequel j’ai découvert l’auteur canadien, l’idée en question prend la forme de monolithes géants apparaissant soudain à plusieurs endroits du globe et qui, ce n’est pas rien, proviennent de vingt ans dans le futur. L’événement a bien sûr des conséquences scientifiques et sociales planétaires, que le livre explore, mais que ma mémoire a quelque peu oubliés. Et pour cause, passé l’émerveillement initial, je me suis finalement assez vite lassé de R.C. Wilson, dont les personnages et le style ne sont malheureusement pas aussi imaginatifs que les concepts qui fondent ses histoires. Si j’en parle, c’est que malgré tout ce livre constitue pour moi une sorte d’étape, entre l’évidence de mon goût pour l’émerveillement et la sensation qu’il me faut quand même un petit quelque chose en plus.

La goût de l’immortalité (Catherine Dufour, 2005)

C’est avec plaisir que j’essaye de caler Catherine Dufour dans environ un billet sur deux. De toute façon, je crois que l’on peut désormais qualifier sans trop hésiter Le goût de l’immortalité de classique de la science-fiction française. Je l’ai aussi découvert quelque part pendant mes études, il y a une bonne dizaine d’années. Narrée par une dame centenaire à qui on ne la fait pas, cette dystopie est rédigée sous forme épistolaire, quelque part en Mandchourie au XXIIème siècle. Si son histoire m’a plu, c’est surtout de par son style que ce livre a constitué pour moi une sorte de nouveau palier à atteindre. C’est tout simplement rafraîchissant, de tomber sur ce genre de roman. Dans un podcast récent, Catherine Dufour expliquait toutefois ne plus vouloir écrire de dystopies mais souhaiter réfléchir plutôt à des utopies, imaginer des futurs possibles et surtout désirables. Un exercice forcément pas facile. Les dystopies sont maintenant partout : romans, films, séries télé, sans parler de notre réalité qui en prend un goût de plus en plus prononcé. Est-ce que Le goût de l’immortalité aurait le même impact s’il sortait aujourd’hui ? La qualité d’écriture resterait, mais le fond serait probablement davantage noyé dans le reste de la production du genre. Pour en revenir au podcast cité plus haut, j’en conseille évidemment l’écoute : on y apprend également que l’autrice a fini par écrire ce roman, à la tonalité dure et sombre, pour enfin être prise au sérieux par ses camarades masculins du milieu.