En juin, un polar (et le reste)

J’ai célébré la première vague de chaleur de cet été cette fin de printemps par un polar mexicain, La vie même, signé Paco Ignacio Taibo II. Un roman sympathique dans lequel un chef de la police auteur de romans policiers s’emploie au moins autant à résoudre le meurtre d’une Américaine, qu’à garder vivante la flamme de la gauche à Santa Ana, « ville rouge ». Avec l’aide de ses adjoints et de divers responsables aux méthodes parfois originales, il fait face comme il peut aux assauts du parti gouvernemental, le PRI (qui, comme je l’ai appris pour l’occasion, était hégémonique au Mexique dans les années 80). Comme l’écrit lui-même le protagoniste dans ses notes : « Il s’agit d’un roman avec de foutus crimes, mais l’important ce ne sont pas les crimes, c’est (comme dans tout roman policier mexicain) le contexte. »

Pour le reste, après avoir sélectionné avec attention mes lectures au cours de l’année passée, je me suis ce mois-ci davantage laissé porter au gré des passages en bouquinerie d’occasion. Cela donne des découvertes intéressantes (comme le petit recueil de nouvelles Royaumes, de Thomas Gunzig, aussi drôle que déprimant – mais je n’en attendais rien de moins de sa part) et parfois des livres que j’ai appréciés sans avoir rien de spécial à en dire, juste un moment de découverte. C’est notamment le cas de De l’autre côté de la peau, un court roman d’Aliona Gloukhova, acheté sur un coup de tête sous prétexte que Saint-Pétersbourg était mentionné sur la quatrième de couverture. Quant à Ciel de cendres, de Maud Tabachnik, dont la catastrophe de Tchernobyl sert de toile de fond, je n’arrive tout simplement pas à en écrire quoi que ce soit. Plus tard, peut-être.

Lectures favorites de 2020

C’est l’heure des bouquins de l’année ! Je me suis imposé d’en choisir dix (en trichant juste un peu) et les ai classés arbitrairement pour le plaisir.

1. « Trop semblable à l’éclair », par Ada Palmer (2016) et « Sept redditions », par Ada Palmer (2017) : double prix de l’amour inconditionnel pour les deux premiers tomes de la saga Terra Ignota, d’une inventivité folle et qui m’ont transportés comme rarement en cette année où c’était plutôt nécessaire.

2. « Au bal des absents », par Catherine Dufour (2020) : un roman que je qualifierais de fantastique social enragé. C’est génial.

3. « Mémoire de fille », par Annie Ernaux (2016) : un exercice de mémoire frappant de justesse, rempli de réflexions sur le processus et le sens de l’écriture autobiographique.

4. « 188 mètres sous Berlin », par Magdalena Parys (2017) : une virée entre la Berlin contemporaine et celle des années quatre-vingt, sur les traces d’un tunnel entre l’est et l’ouest.

5. « Feel Good », par Thomas Gunzig (2019) : comme souvent avec l’auteur, il y est question de désespoir et de trouver un moyen de s’en sortir de façon inattendue, mais flamboyante.

6. « Trois Soeurcières », par Terry Pratchett (1988) : mon Terry Pratchett annuel. Celui-ci a le grand avantage de comporter un trio de sorcières franchement savoureux.

7. « Normal », par Warren Ellis (2018) : une étrange histoire d’hôpital psychiatrique pour prospectivistes en burnout, bizarre et venue à point.

8. « Lisière », par Kapka Kassabova (2020) : un voyage aux frontières de la Bulgarie, de la Turquie et de la Grèce d’aujourd’hui, qui m’a laissé de nombreuses images évocatrices.

9. « La cinquième saison », par N.K. Jemisin (2015) : le premier tome d’une trilogie fantasy (Les Livres de la terre fracturée) indéniablement sombre, mais pleine d’originalité et qui n’oublie pas d’être passionnante.

10. « Les ravagé(e)s », par Louise Mey (2016) : il fallait un polar à cette liste, et celui-ci développe une idée intrigante, porté par des personnages qui s’éloignent des clichés du genre.